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Economies complémentaires

 
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MessagePosté le: Jeu 5 Aoû - 09:05 (2010)    Sujet du message: Economies complémentaires Répondre en citant

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Économies complémentaires  
  
Vers une consommation raisonnée ou des économies de nécessité ? 
  
David Mandin 
  
 
 
Il n’est pas dans notre propos de savoir s’il faut se réjouir ou non du développement des structures d’économie sociale et solidaire mais de montrer dans quelles mesures ce développement s’accompagne de signes d’imbrication des termes de donner, de vendre et d’échanger qui peuvent redéfinir des sphères affinitaires au sein de l’économique. Également, ne faut-il pas distinguer l’économie solidaire des nouvelles formes d’économies qui font référence aux échanges archaïques ? L’économie sociale et solidaire, s’est imposée pour faire face aux aléas de la vie qui peuvent toucher tout un chacun, toutes structures commerciales ou associatives destinées à « corriger les effets jugés néfastes de la production marchande » (1). On peut concevoir qu’une seule économie de marché apparaîtrait sous la forme la plus inhumaine qui soit sans l’économie sociale et solidaire. Au-delà des aspirations plus ou moins utopiques d’un monde sans argent, ce dernier montre son omniprésence et la nécessité d’affilier la vie humaine à un minimum de ressources financières, ce qui justifie que le marché ne puisse pas à lui seul couvrir l’ensemble de l’économie et l’existence d’une économie non marchande devient humainement nécessaire. Cependant, le développement depuis quelques années d’économies complémentaires, ou d’économies d’appoint, fait apparaître non seulement une diversification des instruments d’échanges mais surtout la revendication d’espaces de vie sociale affiliés à ces échanges. L’économie se fait ainsi plurielle et les possibilités d’alterner entre elles offrent autant de pistes de réflexion sur la consommation, l’économie de marché et la société de consommation. Bien que ces économies complémentaires ne soient pas en soi synonymes de décroissance, elles mettent en œuvre une réflexion sur une consommation raisonnée et la maîtrise des pulsions consuméristes. 
La diversification des voies économiques
Avec une multitude d’exemples et après avoir rappelé la complexité d’une définition de la monnaie, Jérôme Blanc (2) a parfaitement mis en évidence une pluralité monétaire dans le monde économique par l’utilisation des bons, des chèques-cadeaux, des tickets restaurants, etc. Elle constitue autant de façons différentes de faire circuler des marchandises avec des objectifs et des significations autres que l’achat-vente en argent, et s’accompagne souvent d’une valeur ajoutée symbolique, tel que le ressenti chez le consommateur d’une place privilégiée, d’une reconnaissance, de cadeaux.  
Depuis l’apparition des SEL (Systèmes d’échanges locaux) en France en 1994, inspirés des LETS (Local exchange trading systems) et parfois issus d’un RERS (Réseau d’échanges réciproques de savoirs) (3), jusqu’au constat actuel de leur pérennité et de leur constant développement, la possibilité d’économies sans argent devient une voie, que l’on pourrait presque dire « comme une autre », de circulation des biens et des services. Non sans craintes, et donc avec toutes les précautions requises, le lancement de cette forme d’échange a ouvert la voie à une autre façon de percevoir le monde des échanges économiques. Bien qu’utilisant une monnaie, celle-ci n’est pas de l’argent. L’esprit qui anime ces associations part d’une démarche volontaire des personnes qui souhaitent y adhérer et l’utilisation de ces « grains de SEL » révèle un sens accordé aux échanges qui s’éloigne de celui de l’utilisation de l’argent. La monnaie SOL (4) a tenté plus difficilement de leur emboîter le pas en joignant à cet esprit la volonté de rendre plus visibles des commerces et des structures œuvrant dans le domaine de l’économie solidaire, en utilisant donc davantage la représentation des SEL que leur pratique et se caractérisant davantage par une orientation commerciale. Enfin, depuis peu, ce sont les sites de troc qui foisonnent sur le net, soit du troc direct de biens entre les particuliers, soit des systèmes de points, où l’on s’approche d’une forme de monnaie complémentaire. Ces sites de troc sont, ou bien généralistes et présentent une variété étendue de produits, ou bien centrés sur des activités spécifiques de types loisirs, échanges de résidences, de services, etc.  
Lorsque l’on évoque ces systèmes d’échange, SEL et troc principalement, les premières réactions des gens se fixent sur la confiance et les abus. Que ce soit le SEL ou les systèmes d’échange de logement pour une durée limitée, on entend forcément parler de vol, de destruction, de confiance mise à mal, etc. Or, il s’avère que la pérennité même de ces pratiques témoigne précisément d’une réelle solidarité, dans la mesure où les intérêts de chacun dépendent du respect du fonctionnement global. Il est évidemment facile d’envisager des escroqueries, des abus, etc., ce qui dans la pratique n’a aucun sens si chacun veut continuer à bénéficier des avantages procurés par ces systèmes. Mais puisqu’il y a de la vie sociale, ces économies n’étant pas renfermées sur le strict caractère d’échanges matériels et immatériels, il y a conflit et donc discussions, réunions, parfois déceptions et départs, et un tel système n’est pas exempt de discorde. 
Alors qu’on ne voyait jusque dans les années 1990 que l’économie de marché et les systèmes de redistribution de l’économie non marchande, le débat s’est donc ouvert sur ces nouvelles formes d’échange qui ne manquent pas de rappeler des formes archaïques, que ce soit par la monnaie de SEL qui « retrouve explicitement son rôle historique de lien social » (5), ou plus directement du troc appuyé sur une quantification par points ou simplement fondé sur le principe du commun accord. Si les SEL ont pu être présentés durant plusieurs années comme des systèmes de troc réunissant des marginaux, à l’image hirsute et nonchalante, aujourd’hui, si l’on peut encore parler de « marginaux », ou plus précisément de marginalité, c’est en termes de nombre d’adhérents, bien que le nombre de création de SEL soit constant et particulièrement sensible depuis 2007. Selon l’observation que j’ai réalisée, le nombre de créations de SEL par année depuis 2007 n’a jamais été aussi fort depuis 2000. On comptait cette année-là 59 nouveaux SEL. Depuis 2007, le nombre de SEL en France suit une courbe de progression constante avec, respectivement de 2007 à 2010 : 36, 40, 69 puis 55 nouveaux SEL, ce dernier chiffre comptabilisant les SEL de janvier à juillet 2010. Parallèlement, on relève un nombre de disparitions de SEL important de 2006 à 2007 (45) puis régulier depuis avec 14 en 2008, 16 en 2009 et 14 en 2010. Ceci a fait passer le nombre de SEL de 428 en 2007, à 547 en milieu d’année 2010, alors même que le nombre de SEL oscillait de 2000 à 2007 entre 392 et 427. On peut avancer également que, sans que la croissance ne soit du même ordre qu’entre 1995 et 1998, il s’agit depuis 2007 de la seconde augmentation forte et significative. Enfin, si le nombre de SEL créés en 2010 constitue près de 10% des SEL présents aujourd’hui, 67% existaient déjà en 2005, et plus de la moitié (51%) ont plus de 10 ans dont le doyen est le SEL pyrénéen. 
Si la population elle-même ne peut plus être réduite à la représentation du marginal baba-cool hermétique à tout progrès au regard de cette augmentation que l’on aurait du mal à attribuer à une augmentation de marginaux, cela ne signifie pas pour autant que l’on ne soit pas face à une précarisation des personnes qui créent ou adhèrent à un SEL. Que l’on parle en revanche de consommation raisonnée, de consommateurs raisonnables ou de consomm’acteurs est plus juste. Et que les actes de consommation soient moins dictés par les pulsions, les tentations et les incitations diverses, cela devient un état d’esprit. La raison guide des actes de consommation que la passion domine bien souvent. Les actes de consommation raisonnés s’imposent face aux relâchements hédonistes proposés comme autant de loisirs légitimes par la société de consommation et les préoccupations, les discours contemporains sur le monde présent et à venir peuvent éveiller certaines consciences. 
Les sphères affectives
La création, mais surtout la pérennité d’un SEL, comme de toute autre structure de ces économies complémentaires, et chacune à sa façon, nécessite des ingrédients et des combinaisons aux dosages bien spécifiques qui ne les réduisent pas à la seule motivation économique. On comprend bien qu’un groupe éphémère constitué pour des besoins très spécifiques et uniques ne permet pas à un SEL de perdurer. C’est qu’une vie sociale doit avant tout s’y développer, les échanges économiques en étant le moteur mais non pas l’habitacle. On peut penser qu’avec un tel réseau, les membres peuvent y rechercher des services réguliers, saisonniers ou autres, mais se passer de l’achat de matériel à cet effet. La notion de partage est donc très présente avant même celle d’échange monétaire. Il est donc tout d’abord indispensable que ce soit un noyau de personnes motivées qui initie un SEL. La confiance qui doit régner au sein de cette association est en quelque sorte transmise par ce noyau qui explique les principes fondamentaux du SEL aux nouveaux membres. Ces principes fondamentaux sont évidemment l’activité économique : accepter de recevoir mais aussi de proposer des biens ou des services, s’engager à garder un compte équilibré. Ce seul engagement engendre une série de principes moraux : le respect d’autrui, l’honnêteté, l’implication et développe une socialité qui s’exprime lors des rencontres régulières qui peut, et doit, pouvoir être à l’initiative de chaque membre. Le principe central est qu’aucun membre ne doit porter sur lui seul le fonctionnement et la gestion de l’association et la part non quantifiable de l’échange, la confiance, le service rendu, la part de don, soudent ces réseaux et ces groupes. Ces différentes valeurs morales favorisent ou accentuent un état d’esprit à l’égard d’autrui, sur la considération de la personne humaine, et plus largement sur la société d’aujourd’hui et enfin, bien évidemment, l’économie de marché. La création d’un SEL nécessite donc d’« être prêt », c’est-à-dire de pouvoir réunir ces différents paramètres. L’échec des tentatives de créations de SEL dans les années 80 peut s’expliquer par l’absence d’un ou de plusieurs de ces paramètres. Inversement, l’augmentation sensible ces dernières années du nombre de créations de SEL peut tout à fait vouloir dire que ces ingrédients sont présents, et que de plus en plus de groupes sont prêts. Une telle combinaison montre bien que la vie dans un SEL ne peut pas être mue par le seul intérêt économique et qu’un ensemble de valeurs morales s’y déploient, auxquelles viennent se greffer des motivations qui peuvent être soit d’ordre économique, soit d’ordre idéologique ou philosophique, voire religieux, comme une forme de contestation symbolique et que la mise en œuvre de chacun de ces réseaux nécessite une motivation et une préparation. Sans cette réelle motivation, il est inutile de vouloir créer un SEL. 
Les SEL ne se résument donc pas à de simples sphères d’échanges économiques, mais alimentent des réflexions sur la société de consommation, en se positionnant comme des contre-pouvoirs. Les systèmes d’échanges locaux ont ainsi tous en commun ce désir d’une vie sociale articulée autour d’échanges économiques maîtrisés dans et par le groupe. Il ne s’agit pas comme dans le cas des monnaies de nécessité, de la mise en place de monnaies par des commerçants ou des communes afin de trouver un sursaut et un souffle économique en permettant de poursuivre la circulation des marchandises. Ici, ce qui prévaut avant tout, c’est bien cette vie sociale imbriquée dans les échanges économiques. L’augmentation de ces associations couplée à cet état d’esprit, augmentation raisonnable en l’occurrence, permet de poursuivre un développement maîtrisé en conservant cet état d’esprit. L’évolution lente préférable aux grandes révolutions peut favoriser une adaptation tranquille des mentalités articulées autour d’une réflexion constante sur la consommation maîtrisée. Je reprendrai simplement un passage de Miguel Benasayag et Diego Sztulwark concernant cette lenteur des contre-pouvoirs : « Construire les contre-pouvoirs depuis les situations concrètes qui sont les nôtres peut évidemment sembler un processus trop lent et laborieux. On peut éprouver le sentiment légitime que, face à l’horreur de l’oppression, face à l’exploitation, il faudrait trouver des raccourcis permettant de détruire ces réalités injustes. Pourtant, lorsque le militant politique situationnel tombe dans le piège de l’“urgence”, lorsqu’il abandonne le lent travail de construction du contre-pouvoir, non seulement il n’accélère pas le processus de libération, mais il le détruit, le dévitalise et lui ôte sa puissance » (6). 
Ainsi, conjointement, cette démarche volontaire d’adhésion et la motivation à faire fonctionner ce système déploient des valeurs qu’il serait précipité d’assimiler à une lutte, mais que l’on peut assurément rapprocher d’une fraternisation. C’est probablement ce lien affectif qui est le plus difficile à faire circuler et en même temps celui qui est la valeur essentielle de tels systèmes, permettant l’émergence d’une conscience solidaire, d’une interdépendance entre chacun des membres, d’abord fonctionnel, presque utilitariste, pour le fonctionnement, puis philosophique, dépassant le strict cadre de l’association d’échanges. Or, il est vrai que ce n’est pas ce qui est demandé dans la société d’aujourd’hui, même à travers les multiples « campagnes » de solidarité, qui se traduisent par des dons volontaires d’argent, mais où s’exprime encore des valeurs morales judéo-chrétiennes dont la compassion et le don caritatif (sans obligation de contrepartie et à distinguer du don rituel tel que le potlatch) (7), qu’elles soient sollicitées pour des catastrophes naturelles ou industrielles, ces dernières étant souvent pointées du doigt comme origines des premières. 
Des valeurs morales par une critique du marché
J’ai retenu l’exemple des SEL qui sont aujourd’hui bien implantés dans le paysage associatif français et localisable géographiquement. Mais les systèmes de trocs par Internet voire les trocs parties qui se développent de plus en plus, peuvent aussi avoir quelques similitudes, et rejoindre l’idée d’une consommation raisonnée, ne serait-ce qu’en échangeant plutôt qu’en jetant ou en vendant. En somme, les dérives économiques, les crises à répétition, les discours sur l’avenir du monde sont le plus souvent reliés à la problématique de l’argent et à l’économie de marché qui devient le terreau de nouvelles pratiques économiques. L’homme a toujours eu et aura toujours besoin d’échanger : « les systèmes économiques se fatiguent, mais l’activité économique est douée d’une capacité de redressement, sans quoi les hommes seraient condamnés à périr » (Cool. Reste que certains besoins biologiques ou sociaux ne peuvent pas être contournés et le SEL permettrait aux personnes de respirer afin de satisfaire en argent cette part non réductible. Nous approcherions dans ce cas de personnes en situation de grande pauvreté mais non encore résolues à baisser les bras. 
L’économie ainsi segmentée reviendrait à partager les individus encore mus par le seul intérêt financiers, dépourvus de valeurs morales pouvant guider leurs actions, et ceux dont les valeurs, à défaut de guider, influenceraient les choix des consommateurs. La diversité économique appelle dès lors à la segmentation sociétale et à une redéfinition de groupes autour de ces valeurs au sein même du monde économique. L’unité d’un monde économique dissocié du social, ou le désencastrement de Karl Polanyi, fait place aux alternatives et à la diversité avec une mentalité, un état d’esprit qui accompagne la participation ou non à ces économies, d’aucuns parleront alors d’ouverture d’esprit ou de naïveté, mais le regard porté par les uns sur les autres ne pourra se passer d’une estimation des valeurs de la personne, de ce qu’elle est, en fonction de son investissement ou non dans ces diverses économies et de son sens critique sur l’économie de marché, sur la pure rationalité économique. Cette réflexion peut nous amener vers des conceptions du monde assez divergentes et conflictuelles.  
Alors que les monnaies de nécessité étaient apparues clairement pour faire face à une pénurie et étaient souvent l’œuvre des commerçants eux-mêmes, ces nouvelles monnaies, dites « monnaies sociales » servent tout autant à faire circuler des biens qu’à redéfinir des valeurs morales. L’économique et le social se retrouvent bel et bien réencastrés. Aujourd’hui, nous pouvons dire que le contexte historique est totalement nouveau et que les craintes qui alimentent l’avenir des hommes peuvent nourrir des initiatives de tout ordre. La saturation d’un système monétaire mondial peut être une explication à l’augmentation de ces associations, afin de retrouver une maîtrise des échanges. Le recours à des économies primitives, non seulement monétaires mais de plus en plus aussi de troc reflète dès lors un enracinement, une désaffiliation progressive au modèle dominant. Les débats économiques ne se cantonnent donc pas à des questions économiques mais à des redéfinitions de valeurs identificatrices, fondamentales et archétypales. Les enjeux économiques sont donc fondamentalement des enjeux de valeurs morales davantage que monétaires et cette traduction en monnaie des valeurs morales pourra être une particularité de cette nouvelle époque qui se dessine. 
  
Il reste assez difficile de dire si les adhérents de ces réseaux d’échange sont de plus en plus des individus en situation de précarité. Si tel n’est pas le cas, l’économie du SEL peut permettre une réserve d’argent qui pourra être utilisée pour des produits de meilleure qualité ou pour de plus grands plaisirs. Si c’est l’inverse, ces économies représentent des économies complémentaires mais nécessaires, afin de subvenir avec de faibles revenus aux diverses dépenses obligatoires, une consommation raisonnée semble plus difficile dès lors que, par définition, leur accès à la consommation est restreint. On serait dans ce cas plus proche de la problématique générale de l’ouvrage dirigé par Serge Latouche et Noël Barbe, celle des économies choisies. Le comportement d’homo œconomicus peut être plus accentué chez cette population qui pourra reproduire la recherche d’un maximum de satisfaction pour un minimum d’effort. Reste ainsi à savoir si ces économies permettent de développer une économie raisonnée ou si elles se rapprochent d’économies de nécessité, si les tendances à l’imbrication des termes de vendre d’échanger et de donner se prolongent ou si le principe rationnel de la vente se transpose dans ces économies complémentaires. Un suivi attentif de ces économies pourra apporter quelques éclairages sur ces deux tendances possibles. 
  
__________________________ 
(1) Jean-Louis Laville, L’Économie solidaire. Une perspective internationale, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Sociologie économique », 1994, p. 33. 
(2) Jérôme Blanc, Les Monnaies parallèles. Unité et diversité du fait monétaire, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques économiques », 2000, 351 p. 
(3) Cf. Claire et Marc Héber-Suffrin, Appel aux intelligences, Vigneux, Matrice, 1988, 257 p. 
(4) Voir le site www.sol-reseau.org.  
(5) Jean-Michel Servet (dir.), Une Économie sans argent, Paris, Seuil, 1999, p. 12. 
(6) Miguel Benasayag et Diego Sztulwark, Du Contre-pouvoir, Paris, La Découverte & Syros, 2000, p. 83.  
(7) Alain Testart marque la différence entre l’échange et le don par une question de droit. Nathalie Joly et Jean-Pierre Sylvestre concluent ainsi que « toutes les fois qu’il existe un droit à exiger une contrepartie, nous sommes dans le registre de l’échange, et toutes les fois que ce droit n’existe pas, nous sommes dans celui du don », in Serge Latouche et Noël Barbe (dir.), Économies choisies ?, Paris, éd. de la Maison des sciences de l’homme, 2004, p. 11.  
(Cool Julien Freund, L’Essence de l’économique, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 1993, p. 129. 

 
Sociologue, David Mandin enseigne à l’Université de Montpellier ; il travaille depuis plusieurs années sur l’économie sociale et solidaire et plus particulièrement sur les SEL, systèmes d’échanges locaux (a). 
     Le marché n’est pas toute l’économie et, sans fantasmer sur l’illusion d’un monde sans argent, on ne peut douter de la nécessité de développer aussi une autre économie, non exclusivement marchande, pour qui l’échange s’accompagne d’une « valeur ajoutée symbolique », qui fabrique de la socialité et développe des valeurs éthiques. C’est ce à quoi s’attache l’économie sociale et solidaire.     Les SEL par exemple, excèdent de beaucoup la seule sphère économique des échanges marchands et monétaires, ils supposent une réflexion sur la consommation et la production, s’inscrivent dans un projet social et politique et requièrent une démarche volontaire d’engagement et de « fraternité ». L’économie est ainsi « réencastrée » dans un social généralisé, selon le mot de Polanyi.
     On a pu dire, rappelle David Mandin, que ces SEL, loin d’être choisis et raisonnés, s’imposaient à des individus marginaux, le plus souvent en situation de précarité. Pourtant, la fragilité des constructions socioéconomiques qu’ils représentent, et l’exigence et les valeurs qu’impose leur maintien semblent peu compatibles avec l’idée d’une nécessité.
     Économie de nécessité ou économie complémentaire ? Ce qui apparaît clairement en revanche, c’est que les enjeux ne sont pas seulement économiques mais aussi éthiques, politiques et géopolitiques. Dans un monde où cohabitent les extrêmes, opulence et famine, où le superflu abonde et l’essentiel se fait rare, l’eau par exemple, où les migrations seront massives et n’auront d’autre raison que la recherche d’un lieu habitable, on ne pourra éluder les questions de l’échange et du partage et la seule économie marchande sera bien en peine de fournir des réponses.
 
________________
(a) Il vient de publier Les systèmes d'échanges locaux (SEL). Circulations affectives et économie monétaire, Paris, L’Harmattan, 2009, 232 p.
Références bibliographiques
Laville Jean-Louis, L’Économie solidaire. Une perspective internationale, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Sociologie économique », 1994, 334 p. 
Blanc Jérôme, Les Monnaies parallèles. Unité et diversité du fait monétaire, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques économiques », 2000, 351 p. 
Héber-Suffrin Claire et Marc, Appel aux intelligences, Vigneux, Matrice, 1988, 257 p. 
Servet Jean-Michel (dir.), Une Économie sans argent, Paris, Seuil, 1999, 345 p. 
Benasayag Miguel et Sztulwark Diego, Du Contre-pouvoir, Paris, La Découverte & Syros, 2000, 167 p. 
Latouche Serge et Barbe Noël (dir.), Économies choisies ?, Paris, éd. de la Maison des sciences de l’homme, 2004, 209 p. 
Freund Julien, L’Essence de l’économique, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 1993, 160 p. 
  
David Mandin, « Économies complémentaires. Vers une consommation raisonnée ou des économies de nécessité ? », La_Revue, n° 4, www.lrdb.fr, mis en ligne en juillet 2010. 

 


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